Les origines du Bozendo: Mo-tseu et F. Vigoureux.

1- Qui était Mo-Tseu ?
2- le Mo tse
3- Principes philosophiques de Mo-Tseu
4- Mo-Tseu face à l'Histoire
5- Fondation du Bozendo
6- Le Bozendo aujourd'hui
7- Maître Francis Vigoureux

Sans doute, M. Francis Vigoureux avait-il reçu des informations sur l'origine des écoles d'arts martiaux qu'il a fréquentées lors de ses missions militaires en Chine : il affirmait que le Bozendo (P'ou Kia Tao en chinois), cette escrime au bâton long avait été codifiée par Mo-Tseu, au Vème siècle av JC durant la dynastie des Tchéou.

Qui était Mo-Tseu?

Mo-Tseu, (ou Moti, Mo-Tzi, MoTzu ou Mocius suivant les traductions germaniques, anglo-saxonnes, ou celles latinisantes des jésuites) vécut approximativement entre 480 et 430 avant JC. Il était originaire de la principauté de Song dans le Ho-nan oriental. C'est l'époque dite des "Royaumes Combattants" qui ressemblait en de nombreux points à la féodalité européenne. De nombreux fiefs guerroyaient sans merci, avec une barbarie sans limite. Des hordes de mercenaires vendant leurs services aux plus offrants n'hésitaient pas à enterrer vivants des villages entiers de civils des provinces voisines pour affaiblir, terroriser et annexer: Ts'in disperse la coalition de Weï, de Han et de Tchao et coupe 82 000 têtes. Ts'in bat Tchou et coupe 80 000 têtes. Plus tard à l'avènement de TchaoSiang, celui-ci fait décapiter 240 000 têtes parmi les clans de Han et Weï!.. ailleurs, bien que l'on eût promis la vie sauve aux ennemis battus, on décapita allègrement plus de 400 000 civils. (Grousset René, Histoire de la Chine, 1942).

Le siècle fut marqué par d'abominables massacres entretenus par des tyrans totalitaires. Nous sommes loin des raffinements philosophiques et des codes de chevalerie présumés de la Chine ancienne que retient l'Occident. Les écoles philosophiques étaient marginales: un maître, parfois adulé par la Cour, une poignée de disciples écrivains, et l'oeuvre spirituelle écrite nous parvient, amplifiée et magnifiée, comme celle de Mo-Tseu. C'est l'arbre qui cache la forêt. La réalité de ce temps est toute autre, marquée par la terreur.

Le Mo-tse

Issu de troupes commandées, "les Chevaliers Hié", Mo-Tseu contribua à améliorer les techniques de guerres. Son oeuvre, sans doute écrite par ses disciples compte tenu de la diversité des styles, nous est parvenue sous forme d'un livre, le Mo-Tse.

Dans cet ouvrage de 15 chapitres et 71 sections dont 18 sont perdues, se trouve résumée la pensée moïste. On y trouve plusieurs sections sur la logique et la science militaire. Les sections 17 à 19 développent l'opposition à la guerre offensive. Les autres sections se résument ainsi :

  • garder les portes de la ville
  • se défendre contre les assauts par les échelles
  • repousser les assauts grâce à la fumée
  • les machines à lancer pierres et matériaux enflammés
  • les stratagèmes pour tromper l'ennemi
  • les pratiques religieuses autour de la guerre
  • etc.

Comme toujours en ces périodes totalitaires où la trahison était monnaie courante, ne pouvant venir que de l'intérieur et par les proches, ce fut son premier adjoint qui le supprima.

Principes philosophiques de Mo-Tseu

Pourtant, ce théoricien fondateur d'écoles de guerre était tout à fait singulier : Mo-Tseu s'opposait au Taoïsme, la religion d'état qu'avait imposée Confucius, car il la jugeait empreinte des rites superstitieux populaires. Au lieu du "Ciel", concept philosophique impersonnel de ses prédécesseurs confucéens, il invoqua "le Seigneur d'en Haut", dieu personnel, tout puissant et omniscient. Mo-Tseu était pétri de théisme, ce qui était tout à fait en rupture avec les conceptions spirituelles chinoises de son temps. Les historiens ont supposé que Mo-Tseu avait reçu l'influence de la communauté juive de Kaï Feng Fou. (H. van Praag, Sagesse de la Chine,1966)

De son théisme, Mo-Tseu tira une morale d'une remarquable élévation. Il transforma "l'altruisme" de Confucius en un concept nouveau : "l'amour universel" poussé jusqu'au sacrifice de soi-même : "Tuer un homme pour sauver le monde, ce n'est pas agir pour le bien du monde.
S'immoler soi-même pour le bien du monde, voilà qui est bien agir".
(s'immoler soi-même = dissoudre l'égo).
Ainsi se résume la déroutante philosophie de ce fin tacticien militaire, à l'opposé de toutes les barbaries de son temps. Pour Mo-Tseu, "l'homme ne doit pas se sentir en communauté uniquement avec son clan et sa famille mais ouvrir son amour à tout et à tous."

Mo-Tseu face à l'Histoire

Mo-Tseu n'a certainement pas eu en Chine l'importance que l'Occident veut bien lui prêter. En effet, l'oeuvre de Mo-Tseu nous est parvenue considérablement amplifiée par les missionnaires Jésuites, dans le but de rapprocher le théisme de Mo-Tseu avec les enseignements évangéliques. D'ailleurs ce théisme fut combattu par Mencius (Meng-Tseu), le successeur de Confucius, si bien qu'il n'eut aucune influence dans la Chine ancienne. Demeure de Mo-Tseu la certitude d'un brillant stratège militaire doté d'une forte élévation spirituelle monothéiste.

Bibliographie:

  • David-Neel Alexandra, en Chine, Paris, Plon, 1970
  • Mo Tzu, Basic writings, traduction de Burton Watson, New York, Columbia University Press, 1963.
  • Robin Yates The Mohists on warfare, Journal of the American Academy of Religion, 1979 vol 47/3S.
  • Grousset René, Histoire de la Chine, Paris, Fayard, 1942
  • H. van Praag, Sagesse de la Chine, Marabout Université, 1966

Fondation du Bozendo

Si le Bozendo trouve son origine ancienne dans les écoles de guerres de Mo-Tseu, il recevra toutes les influences culturelles, y compris taoïstes, tous les enrichissements techniques de la grande diversité des styles en Chine, jusqu'à nos jours. Les écoles d'armes étaient omniprésentes et l'enseignement martial faisait partie de l'éducation que devait recevoir tout individu. Il y avait alors une infinité de styles jalousement gardés par chaque clan. Mais il serait illusoire de croire que le P'ou Kia Tao n'a subi aucune influence depuis Mo-Tseu. Rien n'étant figé, les Arts Martiaux aussi évoluent en fonction des affinités des enseignants et des rencontres d'autres disciplines.

Lorsque dans les années trente, M. Francis Vigoureux bénéficia des enseignements de cette escrime, au plus haut niveau et à la source en Chine, elle était la résultante d'une évolution de techniques affinées durant vingt-cinq siècles. M. Vigoureux lui-même transforma le P'ou Kia Tao chinois en le codifiant suivant la terminologie et l'étiquette japonaises. M. Vigoureux a eu ainsi le mérite de transmettre cette escrime ancienne, véritable école complète de développement personnel. De ses missions en Asie, il avait acquis une maîtrise des cultures martiales chinoises et japonaises. Ainsi, pour implanter le P'ou Kia Tao en France, il sut convertir les enseignements de cet art chinois en enseignement japonais sous le nom de Bozendo. Il pensait à juste titre que cela serait plus abordable à l'esprit occidental déjà formé aux judo et aïkido. Il fit adopter les ports du hakama déjà importé en France par les aïkidokas, et d'une chemise col carré en hommage à la Marine Française adaptée à la manipulation d'une arme longue. Il créa avec ses premiers élèves les principaux katas et la mise en forme de cet enseignement, sur les bases authentiques du P'ou Kia Tao.

M. Vigoureux a fait ce que tous les autres maîtres d'arts martiaux ont fait : adapter, améliorer, enseigner. C'est ainsi que dans les années 1980, en France, fut mis en forme le Bozendo.

Le Bozendo aujourd'hui

Dans les années 1980, les premiers élèves de M.Vigoureux, on diffusé le Bozendo puis des scissions ont eu lieu. A Montpellier l'enseignement a perduré, évolué et essaimé. Les méthodes reçues du vivant de M. Vigoureux sont respectées. Les professeurs diffusent l'enseignement de cet art tel qu'ils l'ont reçu. C'est la mission du Conseil Supérieur du Bozendo que d'y veiller.

Maître Francis Vigoureux

Francis Vigoureux naquit le 18 Mai 1913 à Cramoisy dans l'Oise, en France. Il passa son enfance à Douarnenez en Bretagne et s'engagea dans la Marine Nationale à 17ans.

Dans les années trente, c'est à bord de la canonnière Francis Garnier qu'il navigua sur le Yang Tse Kiang. Au cours de nombreuses escales durant lesquelles le fleuve n'était pas navigable, il fit les rencontres qui lui permettront d'accéder aux arts martiaux chinois, au temple de K'ong Tsong notamment. C'est là qu'il acquit la maîtrise du P'ou Kia Tao, au plus haut niveau ainsi qu'une solide imprégnation spirituelle au contact du bouddhisme et du taoïsme. Il rencontra également le père Teilhard de Chardin à Ankeou. De ces rencontres d'exception, il tirera une remarquable synthèse des spiritualités et une connaissance des principes fondamentaux dans des domaines très variés.

C'est toujours au cours de sa carrière militaire qu'il perfectionna les techniques martiales par ses rencontres avec des maîtres d'armes japonais : judo, kendo, yawara. En 1936, c'est à bord du navire japonais Isumo qu'il reçut la ceinture noire de judo des mains d'un amiral des Forces japonaises. Il rencontra Maître Arima, et c'est au Kodokan qu'il s'ouvrira aux budos internes, techniques martiales supérieures. Il reçut les enseignements de Mikinosuke Kawaishi, promoteur du judo en France et ceux du maître Awazu 9ème dan FFJDA.

Il se retira de la Marine Nationale après 11 ans de service et travailla au Maroc puis en France où il fit partie du collège des ceintures noires de la FFJDA sous le numéro 289. Outre l'enseignement du Bozendo, il anima de nombreux groupes à Perpignan dans des domaines aussi divers que l'agriculture bio-dynamique, la synthèse de mortiers calcaires moulés à partir de débris végétaux et de chaux suivant un procédé breveté, l'énergie solaire et même des groupes à tendances philosophiques. Dans ces groupes, il encourageait ses auditeurs à lire des oeuvres aussi diverses que celles de Vivekananda, Teilhard de Chardin, Lao-tseu etc. Quelques uns de ces groupes aux dérives dogmatiques très contestables ne sont pas en relation ni en conformité avec l'étiquette et les statuts du Conseil Supérieur de Bozendo.

Francis Vigoureux décéda le 28 juillet 1988 à Asuncion au Paraguay où il pensait pouvoir développer des brevets d'invention dont il était co-auteur, sur l'énergie solaire et sur les mortiers de synthèse

Cet humaniste nous a laissé, dans le domaine des Arts Martiaux, un immense apport. A Montpellier, nous avons choisi de perpétuer ce que nous avons reçu, c'est à dire l'escrime avec bâton long dénommée Bozendo, et nous avons obtenu l'agrément de la Jeunesse et des Sports en mars 1999 sous le numéro S 041 99.




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